Illustration d'une prairie humide
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Webinaire : zone humide & agriculture

Publié le 18 septembre 2020

Les zones humides ont pendant de nombreuses années été considérées comme un obstacle à l’agriculture. Aujourd’hui encore, elles ont été drainées afin de les rendre exploitables pour l’agriculture. Cependant, le rôle essentiel des zones humides en appui de l’agriculture est primordial, et des pratiques agricoles efficaces qui soutiennent la préservation de ces milieux sont à mettre au premier plan. Ce webinaire organisé le 17 septembre 2020 a réuni plus de 40 participants pour suivre les interventions de Damien AVRIL (SEPANT) et Eric SANSAULT (ANEPE CAUDALIS).

Les milieux humides regroupent une diversité d’habitats comme les boisements alluviaux, les tourbières et bas-marais, les roselières ou encore les prairies humides. Les services rendus par les zones humides sont nombreux et variés. Elles permettent d’épurer l’eau en agissant sur la dégradation des nitrates (dénitrification), elles jouent un rôle tampon en limitant les crues en hiver et en stockant de l’eau pendant les périodes sèches, elles stockent le carbone dans le sol et limitent son érosion et elles sont un réservoir important de biodiversité animale et végétale.

Les scientifiques estiment que 64% des milieux humides de la planète ont disparu depuis 1900. Ces phénomènes de destruction et de dégradation des zones humides perdurent encore aujourd’hui, en dépit de la prise de conscience de la valeur de ces milieux et de la mobilisation pour leur protection. Les activités humaines ne sont pas les seules responsables de cette disparition et aujourd’hui l’impact du changement climatique se fait ressentir sur ces milieux fragiles. En France, 50 % de la surface des zones humides a disparu entre 1960 et 1990, un ralentissement de la tendance de régression des zones humides a été observé entre 1990 et 2000 et également entre 2000 et 2010, à partir d’un échantillon représentatif à l’échelle nationale.

Lors de ce webinaire, Damien AVRIL de la SEPANT a présenté les principales causes de la disparition des zones humides au cours de ces dernières années. De nombreux milieux humides, notamment des prairies humides ont été transformés en parcelles dédiées à la culture céréalière avec pour la plupart la mise en place de systèmes de drainages les ayant asséchés.

Très souvent, il suffit de combler un fossé ou des drains pour retrouver l’essentiel des fonctions de la zone humide. Restaurer des prairies sur des parcelles humides permet aussi de retrouver une captation de carbone maximisée tout en limitant les émissions d’autres gaz (méthane et dioxyde d’azote notamment), d’offrir une réelle amélioration pour l’accueil de la biodiversité, et de retrouver les caractéristiques initiales des milieux humides (écrêtement des crues, soutien d’étiage et épuration de l’eau). Aujourd’hui, ces restaurations se heurtent à des réalités économiques, même si des compensations financières existent pour l’exploitant agricole comme les MAEC (Mesures Agro-Environnementales et Climatiques) ou les PSE (Paiements pour Services Environnementaux), d’autres outils sont à construire.

Au cours de cette présentation, un éclairage particulier a été apporté sur les prairies humides. En effet, au début du siècle les habitats agro-pastoraux régionaux ont permis de faire cohabiter agriculture et milieux naturels en utilisant ces prairies humides pour permettre à l’élevage de se développer. Cependant, à partir des années 1950, la mécanisation et l’utilisation de fertilisants chimiques à aboutit à une régression de l’élevage au profit des cultures céréalières annuelles. Les milieux bocagers et les prairies humides ont été progressivement remplacés par de grandes plaines céréalières ou converties en peupleraies.

En seconde partie du webinaire, la présentation d’Éric SANSAULT de l’association CAUDALIS a permis de faire le lien entre milieux humides et sylviculture. Une mise en lumière de certaines causes de l’assèchement des zones humides situées en têtes de bassin versant avec un focus sur la dégradation des mardelles du Petit Eplin en Indre-et-Loire a été présentée. Les mardelles sont des dépressions de forme quelconque ayant une profondeur en eau faible (inférieures à 2 mètres) inondées de façon permanente ou temporaire. Historiquement, ce site comptait environ 400 à 500 mardelles sur plus de 1000 ha de landes humides et de petites tourbières. Elles jouaient un rôle patrimonial et culturel avec l’agropastoralisme et l’équilibre de l’environnement.

Dès le début des années 1950, des plans d’enrésinement successifs se sont déployés sur le secteur avec pour conséquence une perte de milieux naturels et un drainage des zones humides. A la fin des années 1970, 2000 ha de Pins maritimes remplaçaient la lande. Malgré la création d’un site Natura 2000 en 2012, toutes les parcelles historiquement

humides ne furent pas classées dans ce site. L’intensification de l’agriculture et le développement de la sylviculture constituent les premières menaces qui pèsent sur les tourbières. En effet, dans les deux cas, on pratique d’abord un drainage ayant pour effet d’abaisser la nappe superficielle.

Un espoir réside quant à la préservation de ces milieux, notamment au travers des projets de restauration et de conservation, une extension potentielle de la zone Natura 2000 ou encore le projet LIFE sur la restauration des landes d’Indre-et-Loire.

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